http://www.halfpastfour.com
Jean-Guillaume Lanuque
reviewer, Big Bang Magazine, France
Big Bang Magazine (print)

Half Past Four est une nouvelle formation en provenance du Canada, dont les débuts remontent à 2005. On y trouve Constantin Necrasov aux guitares et au chant, Dmitry Lesov à la basse, guitare acoustique et chant, Igor Kurtzman aux claviers, et, seule femme au milieu de ce contingent masculin, Kyree Vibrant au chant principal. Il convient d’y ajouter plusieurs invités, à la batterie, aux choeurs ou pour quelques instruments ponctuels. Difficile de classer leur premier album, Rabbit In The Vestibule, tant son écoute surprend, dépayse, voire déroute. Il dégage en effet un parfum indubitablement rétro, à l’image de la photographie intérieure du groupe, sans que l’autoproduction, de qualité, ne soit en cause. Les treize compositions, aux durées comprises entre deux et huit minutes, sont à l’image d’un disque aussi varié que touche à tout, décalé, à la recherche d’un style singulier, comme l’illustre cette pochette délicatement surréaliste. Le chant a d’emblée une place importante, onze des titres se révélant être des chansons, mais il faut dire que la performance de Kyree Vibrant, à la voix grave, croisement de vocaliste noire et de titi parisienne, capable également de grimper dans les gammes à l’occasion, mérite le respect. Elle est de temps en temps doublée et soutenue par une voix masculine, tout en se révélant parfaitement capable à elle toute seule de s’imposer dans l’espace sonore. Pour ce qui est de la musique proprement dite, rock et jazz semblent être le Yin et le Yang de Half Past Four. La basse et les claviers ne dépareraient pas dans un piano bar, comme l’illustre distinctement le très typé «Southern Boogie», sur lequel un saxophone s’invite. Le long «Poisoned Tune», ensorcelant et subtil, n’est sans pas entretenir quelques liens de parenté avec Camel ou Genesis. L’instrumental «Lullaby», pour sa part, en particulier du fait de son solo de simili moog, de ses nappes et de sa guitare subtilement lyrique, se rapproche davantage du néo prog actuel. Il en est de même pour l’excellent «Biel», beau mariage de l’air et du feu. Mais on croise aussi, au fil des morceaux, des ambiances brésiliennes («Twelve Little Words»), un titre qui mêle les univers de Santana et de Mostly Autumn («Strangest Dream»), un autre fusionnant folklore slave et musique de cirque (l’instrumental «Salome»), sans parler de «Bamboo», à l’énergie proche de celle du tube des années 90 de Big Soul, «Le Brio (Branchez La Guitare)» ! Les soli de guitare électrique et de claviers, aux sonorités changeantes, sont fréquents, sans jamais être étouffants ou ennuyeux. Les musiciens se font plaisir, assurent sérieusement dans leur jeu, avec des basculements de tempo impromptus et bien menés, sans vraiment se prendre au sérieux. On tombe ainsi parfois, au détour d’un morceau, sur quelques touches d’humour, ainsi de ces aboiements sur «Dwayne». Le résultat est un album frais, sympathique, que d’aucuns rangeront plutôt du côté de la pop jazzy, mais dont l’inventivité des partitions et des arrangements relève assurément d’une démarche éminemment progressive.

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HALF PAST FOUR: Rabbit in the Vestibule